Nous nous faufilions dans la foule, qui, au carrefour, était compacte. Nous ne vîmes pas le nez d'une des personnes travesties, car, informées de cette curiosité, elles avaient dû gagner le pont par les petites rues; mais, au pont, elles ne pouvaient échapper.
—Allons au pont!
Des gens qui nous reconnaissaient, invariablement mettaient la main sur la bouche et chuchotaient. Quelqu'un, sur la place, lança tout haut, quand nous fûmes passés:
—Il y en a qui bisquent de ne pas en être!
Une autre voix jeta à notre adresse:
—C'est fier comme Artaban! Ça aime mieux vivre dans son trou comme des ours…
—Voilà à quoi on s'expose! dit mon père.
—Oh! mais, je ne suis pas embarrassée. Si tu veux que je leur réponde?…
Nous pressâmes le pas. Sur le pont nous vîmes les voitures. Il en passa dix, quinze, vingt; on en compta trente-quatre. Il y avait des calèches, des omnibus, des cabriolets, des breaks fermés par des rideaux. La lumière des lanternes éclairait le flanc des chevaux, mais aveuglait nos yeux. On reconnaissait les équipages; on ne distingua pas trois figures.
Mon père voulait rentrer; mais nous conduisîmes le docteur jusqu'à sa voiture, c'est-à-dire fort loin, hors du faubourg, derrière une des clôtures du parc Plancoulaine.