Là, en pleine nuit, entre deux noyers, Troufleau endossa son costume à la lueur d'une lanterne; puis il monta dans son cabriolet pour pénétrer dans le parc. Il ne voulait pas non plus arriver le dernier; il tenait surtout à ne pas être remarqué.
—Allez donc! fit petite-maman, puisque vous êtes si pressé.
Nous vîmes le cabriolet se dissoudre dans l'ombre, d'abord. A l'entrée du parc, un fanal brillait, accroché à un poteau blanc. Le cabriolet reparut, puis nous fut caché brusquement. Nous étions seuls sur la route. Petite-maman escalada le talus du fossé.
—Je suis sûre qu'on voit de là, disait-elle.
En effet, entre deux massifs d'arbres dénudés par l'hiver, on comptait quatre baies lumineuses. D'un peu plus haut, on eût vu le mouvement dans les salons. Mais la maison était à deux cents mètres de nous; le bruit nous parvenait à peine. Nous restâmes là dix minutes. Les voitures n'arrivaient plus. Mon père tremblait que quelqu'un nous reconnût. Autour de nous c'était le silence de la campagne. Tout à coup, comme un coup de vent, la musique nous secoua: on attaquait une valse.
Petite-maman dit elle-même:
—Allons-nous-en! allons-nous-en!
C'était un cruel moment pour une jeune femme.
XX
Le lendemain matin, de très bonne heure, j'entendis fermer des portes, ouvrir des portes; des portes laissées ouvertes claquaient au vent; mon père descendait plus tôt que de coutume, tandis que Coqueugniot criait dans la cour: