—Avez-vous prévenu le patron?

Habituellement, la mère Fouillette venait m'éveiller très tard, quand elle y pensait, ou quand elle en avait le loisir, et encore avec des précautions. Elle ouvrait la fenêtre et chantait, d'une vieille voix cassée, des chansons du temps de sa jeunesse.

Ce matin, point de chanson! La bonne femme entra précipitamment et me dit:

—On coupe les arbres de chez madame Colivaut!

Je ne dis rien, mais pensai:

«On achève papa.»

La mère Fouillette avait les larmes aux yeux.

Je vis mon père dans la salle à manger. Il tournait autour de la table; il n'avait pris que le temps de passer son pantalon; ses bretelles tombaient et lui battaient les jambes. Sa chemise de nuit était légère; du plat de la main, il se garantissait contre l'air du dehors. Coqueugniot lui parlait, de la petite cour. Il essayait de le consoler en lui disant que le voisinage des arbres n'est pas si sain, puisqu'il vous procure les moustiques, qui sont «le véhicule» de nombreuses maladies.

—Taisez-vous donc! disait mon père.

Il avait fort envie d'aller voir jusqu'à quel point on abîmait ces arbres; mais il ne voulait pas être aperçu à cette hécatombe exécutée contre lui. Quand je lui demandai la permission de sortir, il ne me la refusa pas et dit à Coqueugniot: