Aussitôt elle fit des compliments de tout ce qu'elle voyait: de la remise, de notre vieille voiture, de l'écoulement des eaux, de l'aspect du parterre, tout inondé qu'il fût; des charmilles secouées par la bourrasque, du clocheton de la tourelle, des pelouses, du potager que l'on voyait au loin.
—Eh! mais, dit-elle, aussitôt l'averse tombée, nous voulions aller à la campagne, nous y voici!
Pouvions-nous faire autrement que de l'inviter à s'asseoir?
Elle accepta avec empressement. Mais c'était les jardins qu'elle voulait voir. On l'y mena ainsi que son mari; le cheval, paisible, attendit sous la remise. Au bout de quatre pas sur le sable humide, entre des escargots et des limaces brunes, madame Gantois, s'extasiant sur tout, posait deux doigts sur la manche de petite-maman et disait:
—Que je vous approuve d'avoir tenu tête à ce vieux tyranneau de Plancoulaine!… Ah! vous ne saurez jamais quelle patience il faut pour demeurer en bons termes avec ces gens-là!…
Petite-maman ne répondit rien. Madame Gantois dit, en remontant en voiture:
—Je viendrai vous remercier de votre bonne hospitalité.
Ils revinrent. Ils venaient volontiers, le soir, se joindre à nous sur la terrasse, qui était, certes, le plus agréable lieu de la ville. L'après-midi, comme tout le monde, ils le passaient chez les Plancoulaine.
Madame Gantois en avait tant à dire sur les Plancoulaine, que de pouvoir enfin s'épancher dans le sein de quelqu'un peu enclin à les ménager, était pour elle une véritable cure.
Un soir, les Gantois arrivèrent, flanqués des Hurtu, le jeune greffier de la justice de paix et sa femme. Hurtu était un homme modeste comme sa charge; ancien sous-officier, ancien clerc de notaire. Madame Hurtu avait deux enfants et faisait elle-même son ménage. Ces gens-là n'étaient guère reçus chez les Plancoulaine et, de ce fait, nourrissaient contre eux une jalousie sourde.