De leur ancienne fierté, que leur restait-il?
M. Clérambourg eut un soir l'occasion, parmi ses rares paroles, de prononcer le nom des Plancoulaine. Ayant à citer ce nom, M. Clérambourg, avec une intention certainement préméditée, car il ne livrait rien au hasard, s'exprima ainsi:
—… les Plancoulaine, qui, entre parenthèses, Nadaud, ne vous en veulent pas…
De quoi encore les Plancoulaine eussent-ils bien pu nous en vouloir? Il y avait quelque motif de bondir. Ni mon père ni sa femme ne furent offensés. Dans leur esprit, l'un et l'autre s'étaient déjà humiliés trop avant pour qu'ils sentissent ce que la parenthèse de Clérambourg contenait de blessant.
Une lente évolution s'opérait dans leurs cerveaux. Je crois qu'ils en étaient arrivés, secrètement et séparément, à considérer avec indulgence la possibilité d'une réconciliation.
Chacun d'eux rougissait de sa faiblesse et la cachait avec des soins maladroits. Mais pour peu que l'humeur s'échauffât dans le ménage, l'arrière-pensée se trahissait. S'élevait-il entre eux une discussion où la susceptibilité était molestée:
—Ah! parlons-en de ton amour-propre, disait la jeune femme. Ton amour-propre, mais tu te promènes dessus en pantoufles, mon cher ami: je t'en donnerai la preuve quand tu voudras!
—Donne-la, ma chère amie; donne-la!
—Ne me pousse pas à bout!
Elle se gardait bien de se laisser pousser à bout, parce qu'elle craignait qu'une parole imprudente retînt son mari sur la pente où elle désirait qu'il glissât.