Il n'y avait pas que M. Théodore et la cantatrice chez les Plancoulaine; on parlait beaucoup de trois jeunes femmes extrêmement élégantes, qui n'étaient jamais venues à Beaumont et qui embrassaient, disait-on, le docteur Chevalière. C'étaient ses sœurs. Deux d'entre elles couchaient chez les Plancoulaine, la troisième chez la vieille madame Charmaison. Elles se donnaient rendez-vous, le matin, à mi-chemin, et se rencontraient sur le pont, en toilettes claires, avec des éclats de rire charmants.
On annonçait l'arrivée de Marguerite.
X
La plupart de ces messieurs se préparaient à la chasse. Dans ses moments de loisir, mon père faisait ses cartouches. Il m'emmenait à Courance, et ensemble nous parcourions les vignes, les landes, les bois de sapins, pour nous rendre compte de l'état du gibier.
La chasse fut ouverte le premier dimanche de septembre. Mon père partit pour la campagne à quatre heures du matin, avec M. Clérambourg. Vers dix heures, il était de retour, pour recevoir les clients, nombreux le dimanche. Du coffre de la voiture, on tira trois lièvres, sept ou huit perdreaux, une demi-douzaine de cailles. Clérambourg avait prélevé sa part. Petite-maman dit:
—Qu'allons-nous faire de tout cela?
—Courance est favorisé cette année; il paraît qu'il n'y a pas de gibier dans le département.
Mon père n'avait pas chassé pendant son année malheureuse. Le gibier d'alentour avait afflué sur la propriété.
La chasse déridait un peu M. Clérambourg. Il dit un soir:
—Mon cher Nadaud, vous pouvez vous flatter d'être privilégié: il n'y a ni poil ni plume sur le marché à dix lieues à la ronde. Je vous citerai l'exemple d'une maison où l'on est quinze à table pour le moins, chaque jour,—quand ce n'est vingt,—et où l'on n'a pas vu, jusqu'ici, l'aile d'un perdreau.