—Riquet! Riquet!… On te dit que c'est Marguerite!
En effet, Marguerite Charmaison était là. Elle arrivait de Paris; elle présentait sa mère, que nous n'avions jamais vue à Beaumont. Elle savait déjà que nous venions de chez les Plancoulaine et nous en félicitait. Elle dit:
—J'irai vous annoncer une nouvelle.
D'une jeune fille ordinaire, cela eût signifié évidemment un mariage. Mais de Marguerite, que pouvait-on prévoir avec assurance? Peut-être avait-elle vendu un tableau à l'État? ou découvert une nouvelle vocation? peut-être avait-elle recouvré ses goûts anciens: elle entrait au théâtre? elle se faisait religieuse? elle décidait de pleurer sa vie entière le souvenir du jeune lord anglais ou du grand cardinal?… Ou bien elle avait culbuté la philosophie allemande?… émancipé le sexe féminin?… découvert la formule de l'Art?… Rien de tout cela ne me paraissait ridicule ni au-dessus des forces de Marguerite. Je résumais mes suppositions en disant: «Qu'elle a de la chance! elle a trouvé!»
XIV
Elle vint nous voir, dès le lendemain, avec sa mère. Le soir tombait; nous étions au jardin.
Marguerite était plus jolie qu'autrefois. Sa taille s'était haussée, son buste développé; ses yeux étaient calmés. Il y avait dans ses traits une harmonie nouvelle; tout y semblait plus mûr, plus achevé, plus aisé et en équilibre. Elle conservait la même ardeur; sa voix avait le même accent de passion contagieuse qui eût fait le succès d'une comédienne; mais l'inquiétude, l'angoisse fiévreuse s'en étaient allées de toute sa personne. On la sentait, à ses mouvements, à ses paroles, à son silence même, décidément heureuse.
Elle prit à part petite-maman et lui glissa rapidement quatre mots à l'oreille qui lui firent faire: «Ah!» Ce devait être «la nouvelle». Marguerite ajouta tout haut:
—Ce ne sera officiel que dans quelques jours.
Petite-maman dit: