—C'est une confidence.

On n'en parla point.

Nous avions gravi l'escalier aux marches branlantes, sous le prunier de mirabelles, et nous nous promenions dans la grande allée bordée de buis qui côtoyait le cadran solaire. Je me tenais autant que possible à proximité de Marguerite, sans toutefois lui parler, car elle m'intimidait plus que jamais depuis que je la croyais en possession du mystère qu'elle avait si ardemment cherché. De temps en temps je relevais les yeux vers elle; je la considérais et la vénérais comme un tabernacle qui contient une substance sacrée. J'avais si grand besoin de voir quelqu'un qui fût grand, qui fût beau, qui fût au-dessus du commun des hommes!

Nous passions et repassions près du cadran solaire. Bien que j'eusse déjà vu beaucoup de gens passer par là, je m'étonnais toujours qu'aucune personne ne fût amenée, par la vue du double triangle de métal et d'ombre, des grands chiffres deux fois séculaires, par l'aspect mélancolique et charmant de la pierre à demi rongée, à demi revêtue d'une mousse de velours, ou enfin par la grave inscription latine, à donner à l'entretien un tour moins terre à terre et moins plat. Lædunt omnes, ultima necat (Toutes les heures nous blessent, la dernière nous tue). Non! non! Les regards effleuraient la pierre, les esprits n'en étaient pas touchés. Les femmes parlaient toilette ou potins locaux, les hommes affaires ou politique. Jamais je n'avais entendu le ton se hausser.

Entre madame Charmaison, Marguerite et petite-maman, s'agitait pour le moment la question de la prééminence du Bon Marché sur le Louvre ou du Louvre sur le Bon Marché.

Marguerite remarqua que je suivais ses pas. Elle dit:

—Comme il est sage, cet enfant!

Puis elle me demanda si j'allais toujours chez ce bon monsieur le curé. Je dis: «Oui.» J'étais rouge. J'avais bien envie de lui parler; je ne pus que lui dire:

—Vous souvenez-vous, lorsque vous m'avez mis les deux mains sur les yeux, auprès du cadran solaire?

—Mais certainement! dit-elle.