Les choses durent prendre une fort mauvaise tournure, car mon père, lorsqu'il venait à Courance, paraissait accablé; et le dimanche, après la messe de Beaumont, grand'mère, signalant l'attitude des gens à notre égard, disait: «Oh! j'ai déjà vu ces yeux-là quand mon mari faisait de mauvaises affaires!…»
Elle fut sensible à l'infortune de son gendre, quoiqu'elle l'eût prévue et qu'elle ne cessât de faire valoir ses pronostics. Il fallut qu'elle fût par lui bien attendrie, un jour, pour lui dire, d'elle-même, parce qu'il avait témoigné le désir de m'avoir près de lui comme consolation:
—Prenez-le.
Il avait maintenant une pièce où me loger, la meilleure de la maison, le salon:
—Nous n'y recevons plus personne!… avait-il dit.
Il me fit monter dans son cabriolet. Ma grand'mère pleurait. Mon grand-père, toujours plein d'à-propos, déclama:
Laissez les roses au rosier,
Laissez les enfants à leur… père!
En arrivant à Beaumont, nous trouvâmes la petite-maman allongée sur le canapé et jouant à lancer sa mule mordorée, du bout du pied, sur une étagère. Elle avait des loisirs démesurés depuis qu'elle n'allait plus chez les Plancoulaine; l'ennui l'alanguissait, et elle s'improvisait des divertissements de fillette. Elle vint à nous en sautant sur son bas à jour. Mon père courut à la mule, sans sourire, et il rechaussa le pied rapidement.
Mon père avait un goût poussé à la manie: c'était celui de l'ordre.