—Oh! monsieur le curé, laissez-nous dans votre jardin! Voulez-vous que nous allions sous la tonnelle?
Le curé se mit à rire, parce qu'il trouvait comique que l'on se plût dans un jardin si négligé. Une fois assise sous la tonnelle, d'où l'on pouvait être reconnu des gens qui passaient le pont, Marguerite dit:
—Je ne suis pas fâchée que l'on me voie chez vous, monsieur le curé, en compagnie de ce pauvre petit, pour la famille de qui l'on est bien méchant.
—Se peut-il, mademoiselle?
Il se refusait à croire au mal. Pour lui, Dieu permettait seulement que nous fussions affligés d'une épreuve dont les hommes étaient les instruments.
—C'est toujours l'histoire de cette maison Colivaut!
M. le curé dit que madame Colivaut était une fois encore tirée d'affaire. Il avait été appelé pour l'administrer; il l'avait trouvée en compagnie de son architecte, discutant des marchés à forfait.
—Il y a des gens superstitieux, dit Marguerite, qui, lorsqu'ils se croient menacés de la mort, se hâtent d'entreprendre une œuvre importante, parce qu'ils s'imaginent que la Providence ne voudra pas les faucher avant la besogne accomplie.
—C'est une confiance en la bonté de Dieu, qui les honore. Madame Colivaut est une si excellente personne!
—On prétend, dit Marguerite, qu'elle a surtout envie de faire enrager monsieur Fesquet en lui bouchant la vue avec son pavillon.