—A nous?…
—Voilà. Ce matin, avant le déjeuner, papa arrive de chez les Plancoulaine et me dit: «Ma fille, nous partons ce soir.» Je saute: «Pourquoi ça?—Tu dois le savoir!—Comment le saurais-je?—Par tes amis.—Quels amis?—Ceux que tu fréquentes chez les curés!»
Ces dames s'étaient rencontrées un jour dans le jardin du presbytère. Quelqu'un passant sur le pont avait pu les voir.
—Vous étiez avec nous, ma petite amie, dans le jardin du curé; et après? Ce n'est pas pour cela que l'on vous fait quitter Beaumont? Monsieur votre père n'a pas jugé à propos de nous revoir depuis que nous sommes mal avec les Plancoulaine, c'est très bien. Mais il ne vous a pas, que je sache, interdit de nous rencontrer?
—Non. Aussi, ce n'est pas parce que nous nous sommes rencontrées que l'on m'emmène.
—Pourquoi vous emmène-t-on?
—Il s'est passé quelque chose que je ne sais pas, que je ne dois pas savoir, paraît-il, et dont on suppose que j'ai dû être informée, du fait seul que je vous ai rencontrée chez monsieur le curé…
—Nous ne savons rien, dit mon père.
—Oh! fit Marguerite, ce n'est pas gentil, vous ne voulez pas me le dire!
—Nous ne savons rien, mademoiselle, absolument rien!