Je restai avec eux. Le docteur, aussitôt mon père disparu, avait repris son chapeau à la main; et il le garda même lorsqu'il fut assis de nouveau. Il parla des soins qui seraient nécessaires encore, des préoccupations morales à éviter surtout. Il dit qu'en ville le retrait du nom de M. Nadaud de la liste municipale avait fait bon effet «au point de vue des conservateurs». Il usait fréquemment de cette expression, car il penchait, lui, sensiblement, vers le parti démocratique. Il disait volontiers:

—Monsieur Charmaison, lundi dernier, à la tribune…

Était-ce par communion d'idées qu'il lisait les discours de M. Charmaison à la Chambre? Ou le souvenir de Marguerite influençait-il ses opinions?

Petite-maman le taquinait là-dessus. Une particularité assez remarquable était qu'elle ne lui parlait plus de Marguerite que sur un ton de badinage, tandis qu'auparavant elle s'associait à la douleur du jeune homme.

L'approche des élections municipales ramenait l'entretien sur la politique presque chaque jour, plutôt quand mon père n'était pas là,—peut-être Troufleau craignait-il de le contredire?—et la politique nous valait invariablement quelque citation de M. Charmaison. Troufleau connaissait par cœur la moindre de ses répliques au Palais-Bourbon.

—Mais, docteur, vous êtes donc abonné à l'Officiel?

Il confessa:

—Oui…

Mon père conserva l'habitude d'aller se coucher de bonne heure. L'absence de Clérambourg, c'était trop évident, continuait à lui être intolérable. Il n'avait point de goût à causer avec le docteur.

Petite-maman, qui recevait chaque jour les opinions du docteur, s'en imprégnait. Elle continuait à pousser son mari du côté des Cincinnatus et des Phébus; elle lui disait: