—Ah! j'y suis: Coqueugniot!

—Pas du tout: le docteur Troufleau.

—Ah!

Il réfléchit un instant, puis il dit:

—Troufleau est un naïf! Il s'imagine, en faisant du zèle, flatter le député radical Charmaison: il est dans l'erreur. Charmaison vit, à Paris, dans un milieu d'artistes, d'hommes de lettres, des gens charmants, aux idées paradoxales. Le peuple, dont il parle sans cesse, il n'y touche pas, ne se mêle pas à lui: à peine une fois tous les quatre ans, dans une réunion électorale, du haut d'une estrade encore! Tu ne le vois pas ici, au café, buvant l'absinthe avec Cincinnatus! Il traitera Troufleau de jobard s'il apprend qu'il trinque avec le prolétaire…

—Et si Troufleau avait une foi politique?

—Troufleau est un garçon gentil qui a sacrifié ses intérêts pour se ranger de notre bord. Il est jeune, il a besoin d'avenir: il cherche maintenant à tirer parti de la triste situation où il s'est mis généreusement. Ce n'est pas moi qui contribuerai à lui donner l'espoir de réussir dans cette voie fausse: il n'y en a pas. Et si, réellement, ses convictions l'inclinent de ce côté-là, tant pis pour lui! Il ne fera rien que s'embourber davantage—du moins comme médecin—à Beaumont. Notre devoir, à nous, est de lui répéter ce que nous lui avons déjà dit: «Le salut est de l'autre côté du pont: le salut est chez les Plancoulaine.»

—Les Plancoulaine! les Plancoulaine! Nous ne nous dépêtrerons donc jamais de ce cauchemar!… Les Plancoulaine! Mais nous sommes donc tous enfoncés dans les Plancoulaine comme dans de la glu!

—C'est la société. Quiconque s'en retire vit à l'état de bête fauve.

—Oh! vous me faites tous enrager. Je suis pourtant sûre qu'il y a quelque chose à faire!