—Il y a à vivre seul; encore faut-il avoir des rentes: en un an mon étude a perdu soixante pour cent de sa valeur…

—Alors? alors?… De ma vie, cependant, je ne remettrai le pied chez les Plancoulaine!

—Ni moi, certes!

IV

Ma vieille grand'mère, à Courance, bien qu'elle eût été la première à blâmer l'achat de la maison Colivaut, avait fait cause commune avec son gendre devant les Plancoulaine et devant la ville. Mon père lui en savait gré ainsi que du joli mouvement qu'elle avait eu en me restituant à lui pour le consoler. Peut-être la remerciait-il, intimement, davantage encore, d'avoir contribué à éteindre les calomnies dirigées contre sa jeune femme, en la venant voir plus souvent que par le passé, en se montrant avec elle, en la couvrant de sa grande honorabilité.

Aussi lui faisait-on fête; on lui offrait à goûter; on essayait de la retenir à dîner. Elle était si heureuse de me revoir, elle était bien tentée de rester. Elle disait, en souriant: «Et ce pauvre Casimir qui va s'inquiéter!…» On savait que le grand-père ne s'était jamais inquiété de rien; on souriait aussi.

Un jour, elle accepta.

Mais, quand on eut fini de parler de choses générales, de s'offrir ceci et cela et de s'inviter, voilà ma grand'mère qui s'avise de me soulever les cheveux avec son pouce:

—Tu n'as donc plus d'eau de quinine, mon petit?

—Mais si! mais si! dit vivement petite-maman; il en a un grand flacon.