Ce ne fut cependant pas une brouille. On affecta de part et d'autre de ne donner aucune suite à l'incident.

Grand'mère vint à Beaumont dès qu'elle apprit que mon père était souffrant. Il dormait; on ne l'éveilla point. Elle resta en bas avec petite-maman, et cette fois, les deux femmes causèrent sans se disputer, parce que M. Clérambourg faisait les frais de l'entretien. Grand'mère le détestait dès le temps même que vivait sa fille, car, déjà, il accaparait mon père, l'influençait en tous ses actes, et sa première femme, comme la seconde, en était jalouse.

Toutefois, petite-maman recommanda à grand'mère, quand elle verrait son gendre, de ne pas dire du mal de Clérambourg, car il ne pouvait souffrir qu'on l'attaquât.

—Votre mari a bon cœur, malgré tous ses défauts, et il reste fidèle à ses amis. Je suis sûre qu'il n'en veut à personne.

—Je n'en sais rien, mais il est difficile de ne pas garder rancune à des gens qui nous traitent comme on le fait!…

—Il n'en veut à personne, répéta grand'mère, et c'est par là que tout s'arrangera.

—Eh! grand Dieu! que voulez-vous qui s'arrange, au point où les choses en sont?

—Je n'en sais rien. Mais tout s'arrangera, croyez-moi: je suis une vieille bonne femme, et j'en ai vu, ma vie durant, de toutes les couleurs. Vous pouvez vous en rapporter à moi.

Elles faillirent s'embrasser.

Grand'mère revint quelques jours après. Quand on l'annonça, petite-maman dit à son mari: