Le vieux baron de Chemillé comblait de tendresses sa filleule, et Jacquette l’aimait, non seulement parce qu’il lui faisait des cadeaux, mais parce qu’il ne lui disait pas les mêmes choses que tout le monde.

Elle l’allait visiter quelquefois, accompagnée ou non, dans la maison qu’il habitait à l’orée du village. Cette demeure, convenable à un esprit philosophique, vous a été décrite en temps et lieu. J’y reviendrai, car elle me plaît mieux que le château de Chamarande, croyez-m’en, et je donnerais — à condition qu’on me les eût offertes — les magnificences, les tours, les toitures, les allées, fussent-elles d’eau, les terrasses, fussent-elles à balustrade, et la ribambelle de marmitons et de cochers de celui-ci, pour les trois petites pièces et le jardin de curé, dont se composait l’habitation du vieux parrain. Elles étaient, ces pièces, encombrées de livres rangés en de vastes armoires ; et, çà et là, parmi les paperasses, s’érigeaient des figures de marbre ennoblissant le modeste lieu jusqu’à le transporter aux rivages de la Grèce ou dans cette Rome que rappelaient des gravures, d’après M. Poussin, accrochées aux murailles.

Le baron se laissa reconduire là, le surlendemain de la fête, par Jacquette, et il lui demanda si, toute grande fille qu’elle était, il ne lui arrivait point encore de bavarder avec Pomme-d’Api.

— Elle n’entend rien, depuis qu’on l’a mise à la retraite dans sa vitrine.

— C’est bien dommage! dit le baron.

— Pourquoi, mon parrain?

— Parce que c’était une poupée qui avait autrefois l’oreille fine et qui saurait aujourd’hui nombre de choses que le commun ignore…

— Elle en serait bien avancée! dit Jacquette.

— Elle, non, peut-être. Mais vous en éprouveriez, vous, ma filleule, parfois, beaucoup de soulagement.

— A-t-on donc tant besoin de parler?