Alors Jacquette revint au château, dépitée et fort en colère.

Cependant, ce que son parrain lui avait dit de l’ancienne poupée la taquinait et, aussitôt arrivée, elle courut à la vitrine, s’assura d’y être seule et se trouva nez à nez avec Pomme-d’Api assise sur son pal.

Elle n’adressa point la parole à la poupée, malgré le désir qu’en avait eu M. de Chemillé ; cela, décidément, n’était plus de son âge, ou plutôt, partageant le sentiment général, elle croyait ceci indigne d’elle, bien que la plupart des grandes personnes auxquelles elle s’adressait d’ordinaire ne fussent mieux en état, soit de l’entendre, soit de lui répondre, que ne l’était Pomme-d’Api. Mais, à la vérité, Jacquette avait coutume de regarder Pomme-d’Api à la légère ; or, parce que le baron lui en avait parlé le matin, elle la considéra plus attentivement et elle eut tôt fait de s’apercevoir que Pomme-d’Api présentait en un point de sa personne un aspect inusité ; elle portait entre deux de ses fins doigts raides et étalés en patte d’oie un tout petit billet, de l’épaisseur d’un fétu.

Vous vous doutez que Jacquette fut prompte à ouvrir la vitrine et à arracher le papier soigneusement plié. Et elle lut, sur celui-ci, d’une écriture qui n’était pas celle du baron, qui n’était pas celle d’Alcindor, ces quatre méchants vers mirlitonesques :

Aimer à l’horizon

C’est déraison

Seul est amour ce que l’on touche

Avec sa bouche…

Nulle signature. Etrange communication. Le parrain de Jacquette entendait lui faire transmettre par cette voie ce qu’il n’avait pas voulu lui dire, de peur sans doute d’être entraîné à trop en dire. Mais donc, M. de Chemillé savait son aventure et, en outre, la désapprouvait?…

Jacquette fut de ceci extrêmement troublée. Elle renferma la poupée dans sa cage de verre.