— Comment! après ce que vous venez de nous dire, vous nous laisseriez privés de magiciens capables d’écarter l’ennui?
— Je ne prête pas de livres, mais…
— Mais?…
— Mais je peux vous permettre de passer une après-midi dans ma bibliothèque. Venez demain ; je donnerai des ordres ; toutes les merveilles dont je vous ai parlé seront à vous. Dérangés? Mais vous le serez par tous les génies!… Libre à vous alors d’oublier là que vous êtes amants : je vous y livre à l’enchantement sans pareil de tous les chefs-d’œuvre de l’esprit humain…
Jacquette embrassa son parrain et quitta le jardin du baron de Chemillé à l’heure du serein. Dans le lointain, des brumes légères se laissaient épingler aux pointes des peupliers qui bordent le cours de la Loire ; les oiseaux s’étaient tus partout ; et par delà la douve où Jacquette crachait les pépins et la pulpe des chasselas, on entendait à présent le bruit cristallin des célèbres fontaines, au fond du parc de Chamarande.
Les deux jeunes époux traversèrent de nouveau le village en se tenant cette fois par la main, malgré le ruisseau qu’ils enjambaient tour à tour, parce que Jacquette était maintenant d’excellente humeur. Elle tint même à prolonger la promenade, sous le prétexte de parcourir le parc aux dernières lueurs du crépuscule.
— Quelle chance! disait-elle en entraînant son mari sous les allées taillées et l’obligeant à danser autour des bassins, sous le sourire du faune joueur de flûte.
— Oui, oui, quelle chance! répétait le mari.
— Vous n’avez pas l’air convaincu? Vous vous êtes tout le temps tenu coi. Vous n’avez pas même remercié le baron lorsqu’il vous a accordé la faveur de vous initier à tous les chefs-d’œuvre de l’esprit humain!… Que dites-vous donc de cela?