— Je dis, répondit M. de Fontcombes, que votre parrain a sa marotte, comme chacun a la sienne. Reste à savoir si c’est bien la vôtre.
— Me jugez-vous incapable de goûter les choses de l’esprit? Ne suis-je pas assez grande pour être intelligente? Et vous-même? Ah! tenez, si je savais que vous méprisez ces plaisirs, je préférerais ne jamais vous revoir…
Le lendemain, à l’heure dite, Jacquette et son mari étaient chez le baron de Chemillé qui leur faisait aussitôt les honneurs de sa bibliothèque, lieu mystérieux où, d’ordinaire, il n’admettait que d’exceptionnels visiteurs.
C’était une pièce vaste et belle et pour qui toute la maison semblait avoir été construite. Les parois en étaient garnies de fauves reliures, sauf quelques panneaux réservés à des toiles du Titien, du Giorgione et du Corrège que le baron affectionnait par-dessus tout. Une grande table recouverte d’un tapis, mais surtout d’in-folios épars et de morceaux de marbres antiques, occupait presque tout l’espace quoiqu’il en demeurât pour un grand lit de repos et pour un haut fauteuil à oreillettes et sa bergère en vis-à-vis, de chaque côté de la cheminée.
Le temps était gris, ce jour-là ; une première pluie d’automne arrosait le jardin ; on entendait hoqueter et pleurer les gouttières.
— Ah! que ne vous dois-je pas, mon parrain! dit Jacquette. Savez-vous, par un temps pareil, le sort qui, sans vous, nous attendait?
Le baron regarda sa filleule, qu’il trouva fraîche et jolie à plaisir, puis regarda son jeune mari qui n’était pas indigne d’elle.
— Vous seriez demeurés dans votre appartement qui vaut celui-ci, dit-il, et, par Bacchus, à d’autres que moi de vous plaindre!
— Dans notre appartement, oui, fit Jacquette, et vous trouvez cela drôle?