— Ah. Ils lisent tranquillement? Ils ont pris Eschyle, sans doute, Don Quichotte ou les Contes de Perrault? Vous êtes restée au moins le temps qu’il faut pour entendre tourner la page?
— Non, monsieur le baron.
— Comment? « non! » Mais il fallait demeurer, Madame Serremiette : ces pages sont de grand format ; je vous dis qu’il fallait leur laisser le temps de tourner la page!
Mme Serremiette se cachait pudiquement le visage derrière ses mains parcheminées. Tout à coup elle s’enfuit, comme avait fait la petite bonne.
M. de Chemillé se frappa soudain le front. Et il se mit à rire de tout son cœur.
Le ciel s’était éclairci ; un rayon de soleil appelait au dehors. Le baron fit un tour de jardin en écrasant les limaçons sur le sable humide. Il fit un tour ; il en fit deux ; trois même, et quatre, et dix aussi, sans que rien fût changé à l’ordre des choses dans la trop studieuse demeure. Le jour déclinait. Le baron consultait sa montre ; il s’impatientait, mais il souriait aussi. Finalement il n’y tint plus, et tandis qu’il passait devant les fenêtres de la cité des livres, il fit toc-toc à la vitre, risquant un œil pendant qu’il y était.
Mais tout à coup le voilà penaud comme la gouvernante, plus rouge qu’elle et répétant chapeau bas :
— Mille excuses! mille excuses!
Il savait cependant! il était averti! Oui, informé par deux femmes successivement, il n’ignorait rien. C’est entendu. Mais voir, de ses yeux, ah! que c’est une chose différente!