— Le bruit avait couru…

— Quel bruit? Prétendez-vous, à présent, entendre des Pomme-d’Api, des Pierrot et des Djiandouilla? Mais passons, que diable! à la suite de l’histoire.

— Ah! dit le baron. Je constate que la comédie de nos bonshommes de bois vous intéresse. Que serait-ce si vous eussiez vu!…

— Si vous eussiez vu quoi?

— … Eussiez vu ce que moi-même ai vu? C’était à n’y pas croire. Tous ces coquins, familiers de la féerie, savent, en effet, la faire naître pour ainsi dire d’un coup de baguette. Sans doute portaient-ils avec eux des lumignons, des torches, d’étranges machines et toute la défroque habituelle des impromptus propres à satisfaire les caprices impatients des princes. Leur troupe aussi, d’où sortait-elle? Toujours est-il que là où j’avais compté dix pantins, j’en nombrai cent, et que là où il n’y avait rien que le mur nu d’un cabinet, j’assistai à la plus riche, riante, burlesque, tragique et compliquée représentation. Le signor Djiandouilla voulait éblouir sa belle.

— Et la belle fut-elle éblouie?

— Point. La belle dit qu’il ne s’agissait pas de cela, que la vie ménagère, elle le savait, était destinée à s’écouler vraisemblablement sans ces splendeurs, et que si le seigneur Djiandouilla n’était bon qu’à de telles farces, qu’il passât donc la main à un autre.

— Je reconnais bien là Pomme-d’Api : elle ne goûte que le solide et ce qui a chance de durer…

— Attendez! Vous verrez que son caractère ne s’est nullement démenti. Mais nous assistâmes, en guise d’intermède, à une lutte, des plus sérieuses et terribles, entre deux forcenés, pour la possession de la fiancée récalcitrante, l’un nommé Gnafron, Lyonnais, l’autre, Italien encore, espèce de grotesque répondant au nom de Bouratin. A la lutte ils s’exterminèrent et demeurèrent sur le carreau.

— Pomme-d’Api a bon cœur. Aurait-elle, pour se distraire, consenti à mort d’homme?