Je me précipite dans le corridor d'entrée au fond duquel est la loge.
La concierge, occupée à se coiffer, entr'ouvre le carreau, fait un petit signe de tête un peu familier, elle d'ordinaire si prévenante. Je dis en passant, avec mon lourd paquet vivant sur les bras: «Ah! ma pauvre madame Bailloche!» ce qui signifiait pour moi: «J'ai bien du malheur avec mon pauvre petit...» Entre femmes, on attend sur ces sujets un signe de commisération, un mot interrogatif. Madame Bailloche ne me dit rien. Des premières marches de l'escalier, je lui crie:
—Ah çà! est-ce que vous auriez été informée de mon retour?
L'idée m'était venue que madame Du Toit avait pu avertir le concierge par télégramme.
Madame Bailloche me répond:
—Monsieur ne nous a rien dit.
—Comment! Monsieur?...
Je savais mon mari dans la Dordogne. Madame Bailloche en quelques mots rapides, débités sur un ton étrange, m'apprend que monsieur est de retour depuis le commencement de la semaine. Je ne veux pas m'arrêter, pourtant; je monte, je monte l'escalier, tout en regardant au-dessous de moi la tête de la concierge aux cheveux épars et aux petits yeux vairons où semble contenue je ne sais quelle humeur perfide.... Mon mari est revenu depuis le commencement de la semaine; et il ne m'en a pas avertie! Il n'était pas convenu qu'il dût revenir à Paris; nous devions, comme l'année précédente, nous retrouver à Chinon... Et cet air des concierges!... Que se passe-t-il?... Mon cœur bat si violemment que je suis obligée de faire une station à chaque palier... Ma femme de chambre m'a rejointe ainsi que Suzanne, et elles montent devant moi:
—Monsieur est là, à ce qu'il paraît!... Ton père est là, Suzanne!...