—Où est-il? où est-il? s'écria madame Du Toit, en se levant de son siège, je veux le voir, je veux le féliciter... Il y a donc encore des hommes capables de faire respecter avec énergie les convenances!... Mais, dites-moi, et ses cousins Voulasne pour qui il a tant de complaisance?...

—C'est la première fois que je le vois d'une juste sévérité contre les Voulasne.

Madame Du Toit fut très satisfaite de l'entretien qu'elle eut avec mon mari. Ils échangèrent leurs vues sur la famille en général et sur le cas présent. Elle connaissait peu mon mari; elle ne lui croyait point des opinions aussi saines. Ses cousins, sa sœur, et le fameux Grajat, je m'en doutais depuis longtemps, avaient beaucoup nui à mon mari chez les Du Toit, et dans la proportion même où ils m'avaient servie, moi, en me faisant, par contraste, si intéressante et un peu victime.

—Il est très bien, tout à fait bien, votre mari! me dit-elle, quand il nous eut quittées.

Et elle ajouta:

—Mon enfant, les oreilles ont dû vous tinter...

—... Me tinter?... pourquoi?...

—Parce qu'on a joliment parlé de vous, à Fontaine-l'Abbé, après votre départ!... Oui. J'ai peut-être tort de vous dire cela; je ne vous le dirais pas si je ne vous savais la plus sérieuse et la plus honnête femme du monde... et si je ne vous savais la femme de monsieur Serpe... Eh bien! dit-elle en souriant innocemment, je crois que vous avez laissé à mon mystérieux neveu une impression qui l'a, pour un temps, rehaussé dans mon estime... Admirer une femme comme vous, ma petite amie, cela prouve, chez un garçon, qu'il a encore quelque chose de sain dans le cœur...

Ma gorge se serra. Mon cœur semblait vouloir faire éclater ma poitrine. Je me mis à rire pour faire diversion.

—Ah! bien, dis-je, ce serait la première fois, je suppose, que je laisse une impression derrière moi!...