—Elle est si comme il faut, votre petite demoiselle! observa Mme Loupaing, en regardant son frère, ça serait grand dommage qu'elle ne réussisse point dans ce qu'elle veut faire...

—Il n'y a rien de tel que de ne pas viser au-dessus de sa condition: ça vous évite bien des déboires.

—Ah! dame! c'est qu'on ne commande point comme on veut à ses fantaisies!...

---Faut avoir eu des filles pour savoir ce que c'est. C'est délicat, oh! oh! c'est délicat.

Tandis que les deux femmes donnaient ainsi leur inévitable avis, sans émouvoir autrement Mlle Cloque qui savait par cœur les mœurs de ce petit monde, elles avaient saisi chacune un coin de leur tablier et le passaient, en guise de torchon, sur la toile cirée de la table toute maculée de ronds de vin rouge à bon marché et qui avait déjà déposé une poussière de tartre. En même temps elles disaient l'une et l'autre dans le nez de Loupaing:

—Lève-toi donc! lève-toi donc un peu pour dire bonjour!

Mais Loupaing était assis là comme au conseil municipal; il se carrait, s'élargissait, se faisait, sur sa chaise, plus pesant que nature. Il avait le teint allumé; il était rasé de frais, ce qui dessinait nettement la ligne tombante des moustaches qu'il allongeait par un emprunt sur les deux joues, pour se donner, disait-il, l'air d'un tribun. Il était en gilet, et sa chemise mal boutonnée et souillée de larmes de boisson violâtres, laissait entrevoir la flanelle rouge.

Mlle Cloque tira d'une enveloppe qu'elle tenait à la main, un billet de banque. Elle le déposa sur la table et laissa tomber par-dessus, en les comptant, des pièces d'or:

—Je viens m'acquitter de ma petite dette. Si vous avez eu l'obligeance de me préparer ma quittance...

Loupaing frappa un nouveau coup sur la table, qui fit sauter les trois louis: