—C'est bien, monsieur, il ne me reste donc plus qu'à vous saluer.

—Croyez, mademoiselle, que je regrette personnellement de ne pouvoir vous donner satisfaction.

Et elle répéta encore:

—Ainsi donc, rien?

—Rien du tout.

Elle s'était menti à elle-même en se disant sans espoir lorsqu'elle était entrée ici: elle n'avait jamais cessé de croire qu'un mot,—que Dieu lui inspirerait, peut-être,—parviendrait à troubler son ennemi.

Et, cinglée comme d'un coup de fouet, par les trois petits termes secs et catégoriques de la négation de Niort-Caen, cette cervelle de catholique que n'atteignait pas la notion de l'impossible, ne franchissait encore qu'à petits pas le long tapis de la grande pièce, dont chaque fleur imprimée au centre de losanges qu'elle comptait, prenait la figure, pour sa foi tenace, d'une raison d'espérer.

Sur quoi comptait-elle? était-elle folle ou stupide?

Elle attendait de Niort-Caen ce qu'elle avait vainement attendu du ciel: un mot! Un mot qui déposât en elle le germe d'une nouvelle série d'espérances. Elle n'exigeait pas que ce mot fût logique ou reposât sur des promesses solides et fécondes, mais bien qu'il fût un mot. Quand il n'eût valu qu'à adoucir cette fin d'entretien un peu rude; quand il eût été presque clairement mensonger; quand il n'eût été que gonflé de vent comme une bulle; de savon éphémère mais qui monte et brille au soleil, elle eût été heureuse.

La terrible et magnifique magie verbale s'imposait à cette vieille imagination latine en détresse. Et, en couvrant une à une, de ses bottines de satin humides, les fleurs inscrites dans les losanges du tapis de Niort-Caen, elle pensait à cet autre homme qui l'avait jadis reconduite aussi, avec une certaine froideur, à la porte de sa maison, mais qui avait su déposer en elle des paroles dont elle avait vécu.