C'était le moment où les bourgeons des rosiers commençaient à s'ouvrir, et les fusains ranimaient le bout de leurs branches par un vert tendre et frais. Entre les membrures du catalpa, les feuilles nouvelles allaient bientôt redessiner de chimériques images. Et la fontaine, tarie durant l'hiver, s'était remise à égrener son murmure favorable aux songes.

—Pourquoi nous en aller? disait Geneviève enracinée aux lieux mêmes de son lent martyre.

—Parce qu'il le faut! répondait la tante. Elle avait dû vendre des titres pour faire face aux dépenses du voyage. Ce n'était pas assez que ses revenus diminuassent: elle entamait son petit capital. Le pire, peut-être, avait été de donner ordre à son banquier, à travers le grillage: «Il s'agirait de vendre ces trois obligations...» Il la connaissait pour lui payer ses coupons chaque trimestre. Il lui avait fait remarquer que son intérêt consistait plutôt à...

—Si, si! vendez! je vous prie!

Elle avait cru qu'il la regardait avec un air de pitié.

Mais les mots de Cornet lui bourdonnaient sans cesse aux oreilles: «Question de vie ou de mort.»

La tournée des adieux fut courte, puisque tous s'étaient retirés d'elle. On recommanda au marquis d'éviter les mauvaises connaissances. On embrassa Mme Pigeonneau et les rares personnes qui se trouvaient chez elle. Ce fut en serrant la main de l'infortuné M. Houblon que le cœur de sa vieille amie se souleva. L'ex-organiste ne confessait rien de sa détresse; il parlait toujours, et d'espoir en l'avenir!

M. l'abbé Moisan sollicita de sa pénitente un moment d'entretien particulier afin de lui toucher encore une fois un mot de son petit notaire.

—Ce garçon est complètement gagné par le portrait qui lui a été fait de mademoiselle votre nièce. Vous avez tort de ne pas accepter au moins une entrevue avant votre départ... Il habite un pays sain; c'est pour ainsi dire la pleine campagne, et à une heure d'ici, sur la grande ligne de Paris-Bordeaux...

—Mais monsieur l'abbé...