Il avait envoyé la note du petit toit de zinc posé par lui au hangar, et, faute d'un acquittement immédiat, il était venu en personne, avec des marteaux et des tenailles, un jour d'averse, et il avait arraché le toit. Les volailles geignaient sous la pluie; la provision de bois était trempée. Mariette terrorisée n'osait même plus passer par le porche de la rue de l'Arsenal, elle avait cessé momentanément de parler aux femmes.
Il fit froid. Au travers des branches dénudées du catalpa, on vit un matin la double vasque de la fontaine pleurant des larmes immobiles sur le bassin glacé, où, par hasard, un balai était pris. Durant de longues semaines, on regarda chaque jour ce balai au long manche incliné et gênant. Quelquefois, après l'heure du déjeuner, le dimanche, on apercevait le voisin, le cou entouré d'un cache-nez, frappant du pied le sol coriace, s'exercer contre le bâton et l'abandonner en hochant la tête.
La neige vint doubler l'épaisseur des branches, et le manche à balai aussi se hérissa de la pure fourrure. Les moineaux s'approchaient, en pépiant, de la fenêtre où l'on répandait de la croûte de pain, et Geneviève avait des frissons à les voir poser sur la neige leurs petites pattes si fines. Pour couper le temps et occuper la jeune fille, on lui faisait préparer du thé vers les quatre heures, au moment où venait M. d'Aubrebie. Bien longtemps avant l'heure, l'eau, dans la bouillotte au coin du feu, chantait. On se levait, à de fréquentes reprises, pour éloigner un peu la bouillotte. Noël et le jour de l'an, avec les almanachs, les catalogues et les publications illustrées, singulière période d'énervement joyeux pour les familles nombreuses, n'apportèrent aux deux pauvres femmes que des tristesses, en leur rendant l'isolement plus sensible et en les forçant, à cause des souhaits et des vœux, à penser davantage à l'avenir.
Enfin, le balai fut retiré de l'eau; on nagea quelque temps dans la boue gluante; le soleil revint. L'abbé Moisan, ayant reçu de Monseigneur l'assurance qu'il serait maintenu dans ses fonctions de chapelain, pour la nouvelle église, et logé, répandait la joie autour de lui. M. d'Aubrebie apportait à Geneviève des bouquets de violettes. Et elle dit un jour que l'état de religieuse lui faisait peur.
—Alors il faut te marier, mon enfant.
A ce mot elle avait des tremblements et on entendait se choquer ses dents de nacre.
—Enfin, soupira-t-elle, il faudra bien!... Mais, d'abord, comment s'appelle-t-il, votre monsieur?
—Jules Giraud...
Ce seul nom fut la cause d'un retard de trois semaines. On la traita de folle; on lui dit qu'il était honteux d'avoir, à son âge et dans sa situation, des répugnances aussi puériles. Rien n'y fit. On crut tout perdu.
Elle ne concevait pas qu'on épousât un homme qui s'appelait Jules Giraud. D'abord ce prénom de Jules lui avait toujours porté sur les nerfs; c'était un nom absurde, tout à fait idiot.