Elle était prête à passer sur bien des choses désagréables: qu'elle habitât un «trou», elle s'en moquait pas mal; que son mari fût notaire ou épicier, c'était bien le cadet de ses soucis; mais de crier le nom de Jules du haut en bas de l'escalier, ou dans un jardin, lui semblait au-dessus de ses forces. «Giraud,» çà, autant n'en pas parler, c'était franchement commun, c'était le plus plat des noms. Mais elle reconnaissait qu'elle n'était elle-même qu'une pauvre petite bourgeoise au nom très médiocre, presque drôle, et qui faisait rire, au couvent, les premières années; cela n'était rien. Ce qui importait c'était le nom qui doit être inséparable de toutes les expressions de tendresse, sans lesquelles elle n'imaginait pas le mariage.
Le marquis lui vantait «Jules» César. Elle répondait en objectant: «Jules» Grévy, «Jules» Ferry.
—Le fait est... disait Mlle Cloque, qui avait ces hommes en horreur.
A cause de ces deux personnages, peu s'en fallut qu'elle ne fût de l'avis de sa nièce.
Tout d'un coup, Geneviève se décida, comme les enfants prennent le parti de se faire arracher une dent. L'abbé écrivit. Le notaire était toujours prêt. Une entrevue fut convenue. Toutefois on la remit encore, parce qu'on voulait avoir auparavant la photographie du jeune homme. On l'obtint. Il n'était ni bien ni mal.
—C'est ce qu'il faut, dit Geneviève.
Mais elle grimaçait presque, en prononçant ces mots. On eût dit qu'elle étouffait une sombre colère.
—Voyons! ma fille, personne n'exige que tu te fasse violence...
—Mais non! mais non! je t'assure que je suis décidée.
L'entrevue fut fixée au premier jeudi de mai, boulevard Béranger, au concert de la musique militaire. C'était le seul endroit où l'on pût se rencontrer comme par hasard, et passer inaperçus, au milieu de la foule.