Ces demoiselles arrivèrent les premières, très agitées, depuis longtemps préparées, et se croyant en retard. Les musiciens n'étaient pas là encore. Quelques rangées de chaises seulement étaient occupées par les fanatiques. Elles eurent tout loisir pour le choix de leurs places. Elles s'ingénièrent à ne se fixer ni trop près de la musique, ni trop loin. Il fallait pouvoir causer sans être gênés par des voisins entassés chaise contre chaise, éviter aussi de se planter au beau milieu d'une clairière, ou bien d'aller se reléguer aux endroits éloignés où l'on n'a pas l'air de venir pour la musique. Cependant il était non moins nécessaire que ces messieurs, à leur arrivée, les aperçussent aisément. Il ne manquerait plus qu'elles fussent obligées de leur faire signe!
Elles tâtonnaient; Geneviève énervée dit:
—Mettons-nous là! mettons-nous là, n'importe où.
Elles s'assirent. Elles étaient l'une et l'autre de mauvaise humeur. Mlle Cloque reprochait à sa nièce le peu de frais de sa toilette.
—Peuh! si tu crois qu'on s'y connaît à la Celle-Saint-Avant!...
C'était le nom du petit endroit où Jules Giraud était notaire.
—Mais, mon enfant, ce jeune homme a peut-être été à Paris?
—Allons donc! est-ce que l'abbé ne nous a pas dit qu'il avait été clerc à Châtellerault? Il n'a seulement pas fait son droit...
Mlle Cloque avait pris la précaution de garder deux chaises auprès d'elle:
—Ça fait, dit Geneviève, que si l'on nous voit, il sera clair comme le jour que nous attendons quelqu'un!