Il ajoutait:

—Je suis trop heureux... Je ne méritais pas de t'avoir... Je n'avais jamais espéré une femme comme toi.

Quelquefois, quand Geneviève voyait une grosse larme dégringoler jusqu'aux quatre brins de moustache de son mari comme pour affirmer la sincérité de ses paroles, elle l'embrassait de bon cœur.

Ce fut la vieille tante, qui, enfin, se plaignit de ce qu'on ne vînt plus la voir. Geneviève exigea que son mari l'accompagnât à Tours. Et, cette fois-ci, on alla chez le dentiste, tous les trois, après le déjeuner.

Le lieutenant était au café de la Ville. Geneviève passa, sans tourner la tête, toute fière et très solide, entre ses deux chaperons. Il l'avait vue, avec sa tante et son mari; elle en était certaine. Elle se félicitait, intimement, comme si elle eût remporté une grande victoire sur elle-même. Au premier abord, elle ne s'était pas étonnée que Marie-Joseph fût encore là, peut-être à l'attendre, à l'heure où il l'avait déjà rencontrée le samedi. En y réfléchissant, elle se dit: «Il faut qu'il en ait une patience!...» Elle se demanda s'il l'attendait tous les jours. «Oh! non! il ne vient que le samedi.» Elle compta les samedis qu'il avait dû l'attendre, depuis celui où il l'avait abordée, où il avait eu le toupet de la suivre dans l'escalier, où il lui avait dit—elle entendait sa voix, elle voyait le bout de soleil doré qui tremblait sur la moustache ondulée: «Je... Je vous aime toujours!»

Le notaire observa que, puisque Mlle Cloque restait avec Geneviève, il pouvait bien aller chez son avoué.

—Non! non! dit vivement Geneviève, ne t'en va pas!

—Quelle idée! tu n'es pas perdue, je suppose?

—Ne vous plaignez donc pas, dit Mlle Cloque, d'avoir une femme qui ne veut pas se séparer de son mari. C'est sans doute pour cela que je ne la vois plus, moi... Quand on pense qu'il y a six semaines que nous n'avons causé!...

—Pauvre chère tante, dit Geneviève.