—Oh! dit Geneviève, qu'est-ce que ça fait? laisse-les donc.

—Non! non! Va voir à la fenêtre, je t'en prie. J'ai mon idée.

—Oui, dit Geneviève: c'est même assez drôle: il y a Hortense qui ne quitte pas des yeux soit la fenêtre, soit la porte. Elles ont l'air de se cacher.

Mlle Cloque se leva:

—J'ai mon idée, répéta-t-elle. Mon enfant, ton tour va venir dans un instant; je vais descendre, et si les choses se passent bien, tu me retrouveras à la pâtisserie... J'ai mon idée; j'ai mon idée!...

Geneviève se prit le front. Des images discordantes et entremêlées se dessinèrent à ses yeux. La lugubre confidence de sa tante, son héroïque résignation devant la mort annoncée, sa joie mystique de vieille fille vertueuse, et d'un autre côté cet acharnement à se réconcilier avec les demoiselles Jouffroy,—maintenant les tantes de Marie-Joseph,—la perspective d'un rapprochement entre les deux familles—après l'aventure de l'escalier et le tumulte depuis lors de sa cervelle et de ses sens,—lui causèrent une espèce d'affolement craintif. Elle pensa tout à coup: «mais les Jouffroy sont là pour surveiller Marie-Joseph!...»

—N'y va pas! dit-elle à sa tante.

—Si, mon enfant, je sens que Dieu me commande cette action qu'il approuve. Ne perdons pas de temps. A tout à l'heure. Je t'attendrai chez Mlle Zélie.

Elle l'embrassa et descendit.

On entendait dans le cabinet du dentiste le ronronnement de la lime mécanique ramonant par pesées réitérées la dent de la patiente, une dame assez bien, que l'on avait vue longtemps, là, tranquille, à regarder des images. Et, quand la lime cessait de mordre, la bouche, sans doute maintenue ouverte par le doigt parfumé de Stanislas, émettait des sons plaintifs, inarticulés: «ahan... ahan... ahan!...» sans que s'interrompissent les coups réguliers de la pédale ébranlant l'étrange rouet.