Geneviève écoutait avec le demi sourire des âmes innocentes et tranquilles, rassurée quant au danger religieux de ces histoires, du moment que Madame de Montgomery n'avait pas paru y ajouter d'importance.

—Tu ne sais pas, ma chère enfant, que le père de monsieur Marie-Joseph s'est lancé dans le parti des adversaires de la Basilique?...

Une nouvelle roseur colora les joues de Geneviève. Les partis ne la touchaient point, c'était bien clair; mais le nom de Marie-Joseph la troublait dans des régions presque ignorées de sa conscience. Osait-elle seulement penser à lui, avec cette étrange servilité d'esprit des natures comme la sienne, foncièrement et scrupuleusement soumises aux méthodes spirituelles imposées, aux examens de conscience quotidiens, aux confessions très fréquentes? Qui sait si un directeur ne lui avait pas interdit de reposer ses courts instants de rêverie sur cette figure fascinante? Mais à son seul nom, son sang bougeait.

—Et si monsieur Marie-Joseph était du parti de son père et qu'il s'entendît avec son père pour compromettre le triomphe de l'Église?

—Oh! quant à ça, dit Geneviève, je saurai bien l'empêcher d'être si méchant!

—D'être aussi méchant que les autres, peut-être; mais tu ne l'empêcherais pas d'être du parti de nos ennemis... Et toi, toi? Qu'est-ce que tu ferais entre les deux camps?

—Moi?.. Dame! ma tante, il faudrait bien que je sois du parti de mon mari...

Mlle Cloque trembla. Elle fut atterrée de cette phrase innocente et instinctive à quoi aboutissaient quinze années de l'éducation la plus sévère et la plus intransigeante. «Il faudra bien que je sois du parti de mon mari.» Et c'était la meilleure élève du Sacré-Cœur de Marmoutier qui disait cette phrase de taille à faire remuer sur leurs fondements toutes les murailles du couvent! Que serait-ce de la multitude des petites têtes de linottes élevées là autour de Geneviève qu'on leur a sans cesse proposée comme exemple? Une fois la porte refermée sur la figure de Mme Cantalamessa, cela se disperserait à tous les vents, prendrait le premier chemin venu, se modèlerait au gré de maris rencontrés dans les bals ou dans les casinos et ayant puisé eux-mêmes leurs principes et leur direction de vie dans les casernes ou dans les cafés du quartier latin!

—Et, si, par hasard,—je dis par hasard, bien entendu,—si, par hasard, et sous le prétexte que la vieille tante n'est pas de son parti, ce jeune homme ne... voulait plus t'épouser?...

Elle prenait des précautions, car elle croyait par ces mots d'utile prévoyance semer la terreur dans l'âme de la jeune fille.