Dans l'après-midi Mlle Cloque faillit se fâcher à propos de la Pelet avec le marquis d'Aubrebie qui était venu faire sa partie comme à l'ordinaire. Le maintien des relations entre les deux vieillards tenait d'ailleurs du miracle. Était-ce à l'opposition extrême de leurs caractères ou à la puissance de l'attrait du jeu qu'ils étaient redevables de demeurer unis au milieu des bourrasques qui renversaient alors les amitiés les plus solides? En tous cas, leurs chamailleries quotidiennes restaient sans effet sur le lendemain.
Le marquis faisait régulièrement la charité à la Pelet qui lui avait été adressée par sa vieille amie.
—Je trouve, dit-il, que vous avez été avec elle un peu trop sévère... pour une petite rouerie qu'elle vous a confessée d'ailleurs assez maladroitement. Qu'eussé-je dû faire, moi, la première fois qu'elle m'a volé?
—Qu'elle vous a volé! fit Mlle Cloque en laissant tomber ses cartes.
—Oui, dit le marquis, du ton tranquille dont il narrait parfois des anecdoctes scandaleuses, dès la première fois que Mlle Pelet vint chez moi sur votre recommandation, ma bonne amie, elle déroba à l'office trois écrevisses...
Mlle Cloque bondit:
—Trois écrevisses!... Vous voulez vous moquer de moi, marquis...
—Point du tout! Elle fut prise sur le fait par la dame de compagnie de la marquise, qui eut la bonne idée de me rapporter l'aventure avant d'en avoir fait reproche à la coupable...
—Et vous ne m'avez pas avertie que la Pelet était une voleuse!
—A quoi bon? Vous lui eussiez coupé les vivres, et j'eus le pressentiment qu'elle méritait plus d'indulgence.