—Comment! de l'indulgence?
—Qu'importait à mon dîner trois écrevisses de moins? Et ce goût pour une friandise m'intéressa aussitôt à Mlle Pelet. Je donnai l'ordre d'avoir l'air de fermer les yeux la première fois qu'elle viendrait. Quand elle se présenta, on lui offrit un morceau de pain. Elle demanda, des tomates. Notez bien ceci, ma chère amie, des tomates! On les lui refusa.
—Alors?
—Alors, elle s'appropria clandestinement un petit bocal de pickles... un petit bocal de pickles, mal bouché qui se répandit en partie dans sa poche profonde, avant qu'elle ne fût sortie... On pouvait la suivre à la trace: elle a dû manger son piment sans vinaigre.
—Des pickles! s'écriait Mlle Cloque au comble de l'indignation.
—Des pickles. Je n'eus plus aucun doute: Mlle Pelet était une ancienne courtisane.
Mlle Cloque qui ne comprenait pas la relation fronça les sourcils, et recula sa chaise.
—Oui, mon amie, je dis bien: mon flair éveillé par les écrivisses ne m'avait pas trompé. Cette fille-là a vécu, m'étais-je dit. Ce n'est pas une voleuse de profession, car elle est maladroite; c'est une gourmande qui suit son impulsion. Additionnez écrevisses, tomates, condiments et... le nouvel employé des tramways: j'avais en mains toutes les marques d'un estomac et d'une conduite déréglés... Ne vient-elle pas de vous demander du chocolat?
—Oui, oui, dit Mlle Cloque ahurie, elle a demandé du chocolat.
—Brillat-Savarin le recommande comme le meilleur élément réparateur de la débauche...