Le comte et la comtesse vinrent complimenter Geneviève de ses succès. On se mêla et l'on dit des choses banales. On mit la réserve de Mlle Cloque sur le compte de sa faiblesse, car elle était visiblement troublée et ne parvenait point à dissimuler son malaise. Les conseils lui furent prodigués; il n'était question que d'hygiène. Les Grenaille excellaient dans les soins corporels. La comtesse nomma une méthode de gymnastique suédoise. Dès le matin, au saut du lit, elle la pratiquait; puis elle marchait un certain nombre d'heures; elle avait maigri de huit livres. Elle mettait une telle ardeur à parler que sa voix couvrit heureusement une phrase fâcheuse qu'adressait une des demoiselles Houblon à la juive, en lui demandant si elle avait été élevée au Sacré-Cœur.
Cet entretien tout physiologique sauvait la situation. On n'en était pas redevable au seul hasard. Il répondait aux préoccupations dominantes et aux habitudes familières des Grenaille-Montcontour. «Très bien, très bien, mais la santé avant tout,» tel était le mot favori de la comtesse.
Mlle Cloque était retombée sur sa chaise, et elle avalait de temps en temps une gorgée d'eau. Son chapeau, orné de dentelles noires, était noué, sous le menton, par des brides de soie, au nœud bien fait. Sous ses bandeaux de cheveux gris encore épais, ses yeux emplis d'anxiété cherchaient un refuge illusoire au milieu d'une conversation qui lui était étrangère. Elle n'avait jamais fait de gymnastique ni suédoise ni autre, et la tournure toute morale de son esprit se refusait à reconnaître l'importance de cette cure exclusivement matérielle. Elle pensait qu'elle se porterait très bien si la religion était triomphante et si sa nièce était heureuse.
—Est-ce que Mademoiselle a pris des leçons d'équitation? demanda la comtesse.
C'était une chose à laquelle la vieille tante n'avait point songé.
—Comment! fit Mme de Grenaille, mais c'est indispensable!
—Pas pour faire une honnête femme, dit Mlle Cloque.
On trouva que Geneviève, qui tout à l'heure avait rougi assez vivement, était pâlotte. Tout le monde la regarda, ce qui lui ramena le sang à la figure.
—Elle est délicieuse, dit le comte. Quel est donc, ajouta-t-il, cette jeune personne, au corsage jaune, qui goûte d'un si bon appétit?
Mlles Jouffroy qui étaient restées tapies au fond de la pièce, en entendant ces mots s'agitèrent. La comtesse les reconnut et alla vers elles, étonnée qu'elles ne fussent point mêlées au groupe de Mlle Cloque et des Houblon. Ces demoiselles lui présentèrent avec empressement Léopoldine. On appela le comte et le sous-lieutenant qui s'inclinèrent, le papa extasié devant une si belle santé, le fils flatté dans sa vanité de joli garçon, de l'attention que n'avait cessé de lui accorder l'élégante jeune fille.