La jeune fille sans répondre se laissa retomber à genoux, se cachant la figure contre la jupe de sa tante, et ses sanglots reprirent de plus belle. Peu à peu, entre les spasmes qui la secouaient, et tout en mâchonnant son mouchoir humide, elle tâchait d'articuler quelques mots:
—Non!... non!... ne crois pas ça... tante! je t'aime bien, va!... Si tu savais!... tu as raison, tante... oui, oui... je suis sûre que tu as raison. Je comprends bien, va, tout ce que tu me dis. Ah! si tu savais!...
—Mais si je savais quoi? Voyons, ma chère enfant; quoi?
—Je ne sais pas! je ne sais pas!...
Et Geneviève secouait entre les genoux de sa tante, la masse épaisse de sa chevelure blonde. Elle faisait signe: «Je ne sais pas! je ne sais pas!» et elle mordait, mangeait son mouchoir pour ne pas crier.
A un mouvement que fit Mlle Cloque pour refermer la fenêtre, Geneviève ouvrant les yeux, lui vit une figure si désespérée que ces mots lui sortirent du cœur avant même qu'elle eût voulu les prononcer:
—Tante, je ferai ce que tu voudras!
—Tu me promets d'être raisonnable?
—Je te le promets.
Mlle Cloque était résolue à ne pas laisser traîner les choses. Sa décision de rompre était irrévocable et elle voulait éviter le retour de scènes aussi pénibles. Elle redressa doucement Geneviève, la mit debout, l'embrassa. Puis elle alla prendre dans le buvard qui était sur la table du milieu une lettre déjà sous enveloppe et à laquelle il ne manquait plus que de mettre le nom et l'adresse.