— Me sentir défaillir, dit madame de Pons, ne me semble pas tant que cela un plaisir ; j’aime bien, au contraire, constater que je suis un peu la maîtresse chez moi. Si je vois une belle chose, je m’en sens plus fière et plus forte ; la musique, même celle qui m’émeut jusqu’aux larmes, loin de me faire tomber, me redresse, me donne de la force, m’élève. Ce goût d’anéantissement, cet appétit de mort me sont étrangers, et même hostiles…
Madame Delaunay juge, elle, que se pâmer à tout propos est indécent ; mais elle aime assez qu’en son récit un auteur lui indique nettement les sentiments qu’il désire qu’on éprouve…
— C’est que, dit-elle, ces messieurs sont souvent difficiles à lire, et, s’il y a de « l’embrouillamini », je m’y perds…
— De sorte que, maman, dit en souriant sa fille, si tu lis : « La situation était tendue à se rompre », tu le crois, sans que tu t’en sois aperçue en tournant les pages, et, si l’auteur te dit que « les pierres mêmes du chemin en eussent été attendries… »
— Je pleure, dit la bonne madame Delaunay, ma parole d’honneur !…
29 juin.
Madame de Pons m’a dit :
— Vous avez un secret. Allez-vous vous marier ?… Je suis curieuse, vous savez !…
J’ai eu l’air si naïvement étonné qu’elle m’a dit aussitôt :
— Ah ! non, je me suis trompée ; ce n’est pas cela…