Idée absurde !… Elle trompe sa mère sur ses propres sentiments, car, si sentiments il y a, elle se trompe elle-même !… Comment cela ? Mais parce qu’elle ne croit point m’aimer. Une femme peut aimer sans qu’elle s’en doute. Celles qui ne pensent qu’à l’amour et qui se tâtent le pouls, chaque soir, afin de savoir si elles aiment, peuvent croire qu’elles aiment alors qu’elles n’aiment pas ; mais celles qui s’emploient, par un reste de fidélité tenace, à éloigner d’elles toute pensée d’amour décorent de noms innocents — tels qu’amitié, plaisirs intellectuels, communauté de goûts — ce qui est amour.

Même jour, le soir.

Je lis ce que j’ai écrit tantôt. Je n’en suis pas dupe : — je me cramponne à mon optimisme, parce que je mesure des yeux la chute que je vais faire si je le lâche.

8 septembre.

Elle espérait que je ne me montrerais pas différent de l’ami que j’étais quand nous nous sommes séparés à Paris. Mon étourdissement de l’autre matin, et le mot que j’ai dit, lui ont montré que le temps et l’absence ont fait mûrir le fruit. Il faut le cueillir en sa saison !…

Mais elle-même, ne s’est-elle point vue venir au-devant de moi dans cette petite pièce ? Elle voudrait, à présent, que je ne l’eusse point vue, moi !… Elle joue à nier l’évidence. Elle boude parce qu’elle constate que l’été ardent nous brûle, alors qu’elle souhaitait que le printemps durât.

« Il faut pourtant avancer, dit Pascal, mais qui peut dire jusques où ? »

9 septembre.

Je sens aussi que je me tiens mal : il doit être apparent que son corps me trouble. Peut-être sent-elle cela ?

Quel que soit le tourment que je souffre près d’elle, je ne l’échangerais pas contre la paix assurée — loin d’elle.