— Voyons, décidément, l’aimait-elle ?…

— Un chenapan !…

— Le chenapan était, après tout, son mari… Le jugeait-elle ?… N’a-t-elle pas des principes très enracinés ?… Ah ! madame, peut-être l’avez-vous trop bien élevée ?…

Qu’elle est drôle, madame Delaunay, en se défendant là contre, branlant la tête et pétillant des yeux :

— Ce n’est pas moi, je vous prie de le croire, qui lui ai fourré ces idées-là dans la tête !…

C’est une façon vive de dire : « Ma fille a des idées capables de la faire agir contrairement à son désir et à son bonheur. » Et l’instinct de la mère se révolte.

11 septembre.

Je les ai emmenées, elle et sa mère, dîner dans les jardins du casino, avec Guglielmo Santi, l’historien milanais, qui fait une saison ici. Quelle culture chez ce vieillard alerte ! quelle finesse et quelle fermeté dans le jugement des hommes et des œuvres ! et quelle grâce virile peut atteindre un esprit qui garde de l’ingénuité avec tant de savoir ! Qu’il est élégant à un homme vraiment grand de ne rapporter des sommets qu’un air plus pur ! Lorsque les hommes consentent, en faveur d’une femme intelligente, mais rien que femme, à présenter d’une façon courtoise les fleurs de leurs connaissances, de leur jugement et de leur goût, le joli jeu pour elle de les accueillir, de paraître les trier dans sa main, et de montrer, après, qu’elle en est toute parée, embellie !

Elle semblait bien heureuse. Tout le plaisir possible de l’esprit se mêlait à l’agrément des lumières tamisées, des toilettes claires, et de tant de bras nus ou chargés de bijoux, et de l’arôme des fraises, et de l’air de la belle nuit, un peu lourd.

J’ai eu envie de lui crier :