« Comment ! comment ! Ne le serais-je pas ? »

Et la voix me chuchote :

« Ta situation est telle, en effet, que tu ne peux pas croire que tu ne sois pas heureux… »

Maudite voix ! — mon mauvais génie qui, lorsqu’il faisait beau, m’a toujours dit : « Pas tout à fait ! » qui, lorsque j’allais m’enthousiasmer, m’a averti : « Tu ne vois donc pas ?… » et qui, lorsque j’avais accompli quelque chose de bien, m’a grommelé invariablement : « Ce n’est que cela !… »

10 novembre.

Tes cheveux blonds, si lourds que tu n’en sais que faire et où chaque courbe luit comme un anneau d’or, ton front, ta tempe transparente, sous laquelle bat ta pensée, ton nez trop pur, la courbe de tes sourcils qui n’en finit pas et qui abrite si bien, au coin de l’œil, la petite grotte aux douleurs où le cerne bleu prend sa source ; tes yeux miraculeux, ta joue, — mon Dieu ! quand j’y pense !… — je les supporte encore : mais ta bouche !… La seule image évoquée de ta bouche m’affole, et me voilà qui pleure d’amour, d’admiration, de stupéfaction.

Ta tête chérie !

Tous les grands amoureux comprendront mon extase, mon délire quand je crie seulement : « Ta tête chérie ! »

Je la tiens dans mes mains ; je caresse tes oreilles entre mes paumes ; mes doigts tout entiers se perdent dans ta chevelure !…

Oh ! pardonne !… Au degré où je t’aime, je devrais taire, par respect pour ta personne, mon ivresse. Mais j’essaie, par là, de prolonger un peu de temps mon ivresse…