Elle me prend la main pour me faire jurer solennellement. Mais voilà que sa bouche m’apparaît. Et je la baise…

3 novembre.

Je devrais taire ce qui est arrivé, l’oublier moi-même, me cacher, tout au moins, de peur que mon visage ne trahisse, dans la rue, un tel bonheur…

4 novembre.

Je ne cherche pas à comprendre ce qui est arrivé. Dans mes songeries, j’ai souvent imaginé à l’avance telle et telle scène probable ou possible entre madame de Pons et moi. Un baiser, un baiser d’amants, entre nous, je l’ai imaginé, oui, mais comme la fin et le prix de quelles hésitations, de quels atermoiements, de quelle patience infinie !… Et hier, justement, elle me recommandait cette patience, à l’instant même qui précéda celui où ce baiser fut échangé !… Oh ! ne disons pas : « Je ferai », ou : « Je ne ferai pas » ! Une porte qui s’ouvre, un pied posé un peu plus avant, le ton d’une robe ou bien le temps qu’il fait peuvent bouleverser les plans que la raison a le mieux établis. Nous ne savons pas qui nous dirige, et nos plus grandes surprises viennent de nous-mêmes.

7 novembre.

Je disais facilement mes peines et ma mélancolie ; mon bonheur, je ne sais pas l’exprimer. Pour lui, c’est un autre langage qui convient ; je n’y suis pas accoutumé. Et je sens une pudeur nouvelle : je n’ose pas dire que je suis heureux !…

Quelqu’un, intérieurement, me souffle :

« C’est que, sincèrement, tu ne l’es pas ! »

Je réponds :