Je lui ai dit cela, en riant. Elle m’a répondu innocemment :
— Mais je ne vous aimerais pas !
Qu’elle m’a fait mal !
L’adoration de sa chair peut-être aussi m’avilit-elle un peu ? De la région élevée où se maintenait notre amour, c’est moi qui tombe, et c’est elle, la Psyché, qui proteste. Surprises ! surprises ! l’amour n’est fait que de sujets d’étonnement : le premier jour, avant que je lui ôtasse son épingle, c’est elle qui m’avait paru me trouver trop peu vulgaire… — si c’est ainsi qu’il fallait interpréter son spontané « presque trop » !
29 novembre.
Son corps !…
Son corps ? mais, en définitive, serait-ce de tout elle la partie la plus sacrée, et l’essentielle, puisque, arrivé enfin à lui, et stupéfait de son emprise, je sens que je n’en parlerai cependant pas. Et je n’ai eu aucune gêne à dire son intelligence, sa sensibilité, son cœur… Son corps, j’ai osé parler de lui, oui, quand je n’étais que catéchumène, mais aujourd’hui le sentiment de sa grandeur me terrasse, et je me crois, moi qui le touche, promu à je ne sais quel sacerdoce.
La chair n’est honteuse que de se savoir éphémère. Mais ce n’est pas l’impérissable qui nous émeut : notre cœur ne se donne qu’à ce que le temps blesse d’heure en heure. Que le baiser d’une immortelle m’eût semblé froid !
30 novembre.
Je croyais qu’elle m’avait dès auparavant livré sa pensée, sa sensibilité, son cœur ; mais non ! je vois que c’est à présent seulement qu’elle me donne tout cela, en même temps qu’elle se donne. Ce n’était presque rien, ce que j’avais ou soupçonné ou reçu d’elle. A mesure que je la caresse et que je l’étreins plus passionnément, c’est son âme, son âme sans réserve qu’elle me livre. J’ai honte… Quelle humiliation est la mienne : ce n’est pas cela que je lui demande.