Et moi, je lui dis, naïvement :
— Comment ferais-je pour te quitter ?
En effet, me séparer d’elle me semble bien impossible.
— Tu ne le pourrais pas ! dit-elle, non, je sens que tu ne le pourrais pas !…
Il faut que je répète :
— Je ne le pourrais pas.
Son insistance, plus que ma crédulité, arrive à me laisser voir, au-dessus de nos têtes unies, ce rayonnement, que nie pourtant ma raison d’homme, et qui n’est produit que par l’idée de durée infinie, d’éternité…
25 décembre.
Pour que le temps de nous aimer soit plus long encore, nous avons imaginé de le prolonger en arrière. C’est tricher avec le destin ; c’est berner le créateur ! Nous nous efforçons de songer, elle et moi, à ce que certains moments passés auraient pu être si nous les avions vécus côte à côte.
Par exemple, je lui raconte : « J’ai fait un petit voyage, tu sais, l’année dernière, dans le Midi. Un matin, je me suis promené tout seul dans un bois de pins, et je me suis arrêté à regarder, entre les barreaux d’une grille de fer, un coin de verger isolé dans cette forêt. Il y avait là des choux à grosses feuilles pustuleuses, garnies de perles d’eau, une allée tapissée d’herbe humide et bordée de jonquilles ; là-dessus, des amandiers en fleurs… tu vois ?…