Elle est venue me jurer qu’elle m’aimait, qu’elle n’aimait que moi, qu’elle n’avait jamais aimé que moi, que par moi seul elle avait été ravie… etc. Elle sanglotait ; elle se tordait les mains ; elle jurait encore qu’elle m’aimait… Mais ces serments, je ne les lui demandais pas… Je ne lui ai pas dit une seule fois : « Vous ne m’aimez pas. »

5 février.

Je lui ai annoncé que j’allais partir. Aussitôt j’ai vu une femme éperdue. J’aurais pu croire que c’était d’amour. Elle m’a conjuré de ne pas la quitter ; elle était suspendue à moi, les deux mains nouées derrière mon cou : — comme si elle m’aimait trop pour supporter mon absence, ou comme si, faute de mon cou où s’accrocher, elle s’en allait tomber dans une crevasse…

Elle ne pense pas que je vois sa faiblesse. Elle ne comprend pas que je m’efforce de la contempler elle-même avec une sorte de recul ; elle m’accuse de froideur : c’est elle qui me reproche de ne plus l’aimer !

Pour la rassurer là-dessus, comme je m’abandonnerais volontiers aux tendresses, si je ne voyais pas en elle, mieux qu’elle-même !

6 février.

Elle m’a dit :

— Emmenez-moi ! Je vous suivrai où il vous plaira…

Et, comme je ne répondais pas, elle a ajouté :

— Allons voir le verger à travers la grille et le sentier qui dégringole au milieu des giroflées…