— Il m’écrivait : « Je suis malheureux !… »

— Il vous a abandonnée d’une façon scandaleuse ; il vous a volé votre fortune… Je le sais ! ne niez pas ! c’est votre pauvre maman qui paye, bien à contre-cœur, le loyer de l’appartement dont vous n’avez pas voulu vous défaire, où vous attendiez le misérable, où vous l’hébergez depuis son retour… je le sais !… Il a mangé votre fortune avec une gueuse ; il revient, à bout de ressources, vivre aux crochets de votre mère !…

— Non ! non ! ne croyez pas cela !… Cela ne sera pas !… C’est un misérable, certes ! mais, mon ami ! quand il me dit : « Je suis malheureux !… » Ah ! vous ne savez pas, vous ne pouvez pas savoir !… Un homme qui vous crie : « Je suis malheureux !… »

— Mais, malheureux, comment l’est-il ? par sa débauche, par sa lâcheté !… Et vous voyez qu’il se moque de vous parce que vous êtes accourue à son appel !

Elle se tait ; son œil égaré cherche où étayer l’obscur appel de ses instincts ; elle sait qu’elle a probablement tort de secourir son mari ; elle sent qu’elle continuera à le secourir.

J’ai pitié d’elle. Ma colère est tombée. Il ne me reste plus que l’irrémédiable douleur nouvelle qui m’envahit : cette femme est perdue pour moi.

15 janvier.

Moi aussi, je suis malheureux !

Malheureux : enfin, c’est moi que je retrouve ! Je me reconnais. Un étranger a habité en moi quelques semaines.

18 janvier.