Puis elle-même m’a demandé :
— C’est à cause de lui que vous me quittez ?
— … J’ai un travail, il faut que j’aille là-bas…
Elle a pleuré, et nous n’avons plus rien dit qui vaille.
17 mars.
Que de choses nous aurions à nous dire, en ce moment, si je pouvais redevenir pour elle un ami ! Mais je l’aime trop, la présence de l’autre m’enrage… Et qu’est-ce qui m’affirme, après tout, qu’elle ne s’est pas redonnée à lui ?… Plutôt que l’accuser de cela, en finir !… en finir !…
19 mars.
Je ne lui demande même plus pourquoi elle n’est pas venue, hier, avant-hier, ni tel autre jour. Quand elle se traîne ici, c’est dans l’espoir secret de trouver en moi l’ami qu’elle voudrait. Elle a été profondément heureuse à côté de moi ; je crois qu’elle m’a un peu aimé ; si elle avait eu le temps d’en prendre l’habitude, j’aurais peut-être effacé l’autre !… Mais je sens qu’en m’éloignant je l’affranchis.
Que ne suis-je parti depuis six semaines ! Cette agonie lente est aussi par trop dure ; il fallait m’arracher subitement, endosser bravement toute la responsabilité d’une rupture brusque : elle m’eût détesté peut-être, un peu de colère l’eût soulagée, et, d’un coup brutal, l’eût rendue tout entière à son mari…
Cependant, si elle venait à me juger indigne, ne souffrirait-elle pas davantage pour avoir manqué à ses devoirs en faveur d’un homme de peu de prix ? n’irait-elle pas s’abaisser devant l’autre indigne pour ne lui avoir préféré qu’un de ses pareils ?… Non, tant pis ! qu’elle m’estime, au moins ! que son souvenir de moi reste beau.