Joseph revint très mécontent vers Pilate qui était à table et tenait à la main une belle coupe. Il lui demanda main-forte pour vaincre la résistance des gardes.

— Vous aimiez donc bien cet homme, pour prendre tant de peine de son corps? demanda Pilate. Eh bien, tenez! ajouta-t-il, voici le vase dans lequel il a célébré son sacrement. On me l'a donné : gardez-le, en mémoire de celui que je n'ai pu sauver.

Et il lui donna main-forte.

Joseph emprunta un marteau et des tenailles, et, ayant triomphé de la résistance des gardes et du Juif Moïse, il monta à la croix et en détacha Jésus.

Il le prit entre ses bras ; le posa doucement à terre ; replaça convenablement les membres et les lava le mieux qu'il put.

Pendant qu'il se livrait à cette besogne, il vit le sang divin couler de la plaie que la lance de Longin avait ouverte sur le côté. Il prit la coupe que Pilate lui avait remise et y recueillit les gouttes qui s'échappaient, car il pensait qu'elles y seraient conservées avec plus de révérence qu'en tout autre vaisseau. Cela fait, il enveloppa le corps d'une toile fine et neuve et le déposa dans un sarcophage qui se trouvait non loin de là et qu'il recouvrit d'une pierre large et d'un bon poids.

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Jésus ressuscita comme il l'avait annoncé et se montra à Marie la Madeleine, à ses disciples et à d'autres encore.

Voilà aussitôt les Juifs très émus, et les soldats chargés de garder le sépulcre inquiets du compte qu'ils auraient à rendre. Comme Joseph d'Arimathie avait enseveli le corps, ils le soupçonnèrent de quelque maléfice dans l'affaire de cette sortie du tombeau. Ils résolurent d'en tirer vengeance contre lui et s'assemblèrent afin de délibérer des moyens que l'on pourrait employer pour lui nuire.

Moïse se trouvait dans le groupe et dit :