Ils le conduisirent du côté d'une affreuse tour située à l'écart. Là ils lui délièrent les jambes, parce qu'il était replet de sa nature et pesant à porter, et ils lui firent descendre trois cent trente-trois marches, à force de coups. Enfin, ils le laissèrent dans un cachot obscur, sans lui donner ni pain ni eau et sans lui adresser une parole.
Après quoi, étant remontés et ayant scellé l'entrée de la tour, ils se dispersèrent, en se frottant les mains, car ils pensaient bien qu'il ne serait plus jamais question de Joseph d'Arimathie.
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Le malheureux Joseph éprouva le plus vif mécontentement du lieu où on l'avait mis ; non seulement parce qu'il était dépourvu de lit, de crédence et de prie-dieu, mais encore parce qu'il manquait de ce parfum subtil que mademoiselle Enigée faisait peut-être venir d'Arabie, à moins qu'elle ne le répandît de sa personne dans le logis clair et propret qui convenait si bien à un prud'homme faisant honneur à ses affaires. En outre, Joseph était incapable de méditation, ce qui eût été la seule ressource dans un mauvais cas comme le sien ; mais le pire vint de ce qu'il avait un grand appétit qui fut contrarié quand arriva l'heure ordinaire du repas.
En revanche, Notre-Seigneur lui apparut.
— Joseph! lui dit-il, es-tu content de souffrir pour moi?
— Monseigneur! dit Joseph, en faisant une profonde révérence, mon jugement est pauvre et dominé en ce moment par la faim ; la vérité m'oblige à vous confesser que je ne suis pas parfaitement content.
— Joseph! reprit Jésus, ta foi est plus pauvre encore que ton jugement ; car si elle avait quelque vigueur, tu ne sentirais pas ta faim.
— En ce cas, Monseigneur, dit Joseph avec simplicité, me voilà bien au regret, je vous jure, que ma foi ne soit pas plus vive!
Jésus fut tenté de sourire de pitié, à cause de la malheureuse faiblesse des hommes, et il dit à Joseph :