»Ceci pour la plus grande gloire de Dieu et dans le but que le coupable soit ramené dans la voie qu'il (le Seigneur) a tracée de sa main et indiquée à notre premier père pour notre bien et celui de nos enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants.»
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Un beau matin, l'on vit brimbaler au bout d'une corde la cage de bois contenant notre malheureux Francesco di San Polo assez déconfit, penaud, mal en point, et prenant le ciel à partie qu'il était victime d'une grande iniquité. Vous pensez que les gens de Venise ne faisaient pas défaut autour du clocher de Saint-Marc ni sur toute la place, qui est le lieu où se traitent les affaires et le seul endroit de la ville où se fasse la promenade à pied sec. On dit qu'il n'y eut ni dame ni demoiselle qui ne s'y montrât ce jour-là, soit en chaise, soit simplement juchée sur les hauts patins pour lors à la mode. Et il faut y ajouter, bien entendu, les personnes adonnées à la galanterie, dont le nombre, d'après les meilleurs documents, n'était pas inférieur à onze mille, et qui avaient un intérêt direct à prendre connaissance de la figure du sire, puisque chacune d'elles était tenue d'essayer de la dérider tour à tour.
Francesco, à mi-hauteur de son clocher, ne pouvait répondre aux mille lazzi et aux malhonnêtetés de toute sorte qui lui montaient de cette foule assemblée. D'ailleurs, rien ne porte à l'indulgence comme d'envisager les hommes et les femmes d'un peu haut ; et il est probable qu'il en était en ce temps-là comme aujourd'hui. L'histoire ignore sur quel point porta sa méditation, et se contente d'enregistrer que, vers l'instant où le soleil déclinait et alors qu'une grande quantité de badauds bâillaient encore du côté du condamné, celui-ci, ayant contenu un besoin depuis l'heure de l'aurore, s'en soulagea librement, pleinement et à la ronde sur toutes les classes de la société, qui prit texte de cette pluie incongrue pour se disperser et s'en aller souper.
De sorte qu'il ne resta guère sur la place Saint-Marc, à l'heure du couvre-feu, que les personnes qui y possédaient pignon ou fenêtre et qui comptaient sur le lever de la lune pour voir ce qu'il adviendrait du prisonnier sodomite et de la compagne à lui octroyée par jugement en bonne forme.
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La malchance fit que la lune fût ce soir-là couverte aussi complètement qu'une chandelle sur quoi se fût assise par mégarde quelque matrone vénitienne.
Le lendemain on n'y pensait plus : telle est l'inconstance de la faveur des esprits.
Les courtisanes accomplissaient avec ponctualité et discrétion la besogne quotidienne que leur avait départie la Justice. Et des mois se passèrent sans que l'on prît seulement garde à cette cage poussée au flanc du clocher de Saint-Marc comme une verrue ou une gibbosité naturelle sur quoi se posaient journellement les colombes.
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