Toutefois, au bout de six mois, Francesco di San Polo fut trouvé mort par la cent quatre-vingt-troisième courtisane hissée en cet endroit, à l'heure du couvre-feu.
On se montra fort étonné de ce résultat, et une enquête fut ouverte par-devant le Conseil qui avait jugé Francesco. Les cent quatre-vingt-trois personnes galantes y comparurent et déposèrent une à une selon la date de leur coopération à la besogne de la justice.
— Quel homme était, à votre sentiment, ce Francesco di San Polo? leur fut-il demandé.
Pour les cinq ou six premières, c'était un triste personnage, sans goût, sans appétit et sans politesse, enfin dénué de tout avantage.
De la septième à la douzième, il était jugé hésitant et malhabile, gauche à l'excès en ses façons.
Ce travers était confirmé par la treizième courtisane, à laquelle toutefois il n'avait pas déplu, et qui l'avait trouvé original et ayant des penchants au rebours du commun.
On remarqua beaucoup l'avis de la quinzième d'après laquelle Francesco était déjà un homme ordinaire.
Ordinaire n'était point le mot qu'il convenait d'employer en parlant de ce jeune homme, opinèrent les cinq filles suivantes, car il était un fort bon amant, expert et agissant, avec qui le temps ne durait point.
Sur les cent qui déposèrent après, il n'y en eut pas une qui contredît cette opinion favorable, sinon que trente-quatre d'entre elles affirmèrent qu'elles étaient grosses de ses œuvres. En outre, toutes l'avaient entendu, dans le moment de la pâmoison, bénir ses juges en les recommandant à Dieu, chacun par leur nom et avec grande ardeur et gratitude.
Le Conseil pleura à l'audition de ces paroles et se sentit pris aux entrailles d'un vif sentiment d'indulgence rétrospective pour l'ancien sodomite converti et puis mort de l'abus des justes plaisirs de l'amour.